09.jpg
Mai 13 2020

Gérer la réponse et les solutions locales pour sauvegarder les communautés agricoles africaines et la souveraineté alimentaire

La pandémie du COVID-19 a eu des répercussions considérables sur les économies africaines, l’insécurité alimentaire et le bien-être général des communautés africaines. Outre les effets évidents sur la santé et la perturbation des moyens de subsistance, la pandémie a également perturbé la chaine d’approvisionnement alimentaire et a laissé de nombreuses personnes en danger réel de famine aigue. Alors que de nombreux pays adoptent des procédures recommandées par l’OMS1 pour limiter le mouvement de personnes et de biens afin de réduire la propagation du coronavirus, les communautés agricoles supportent le fardeau des perturbations majeures des systèmes d’approvisionnement alimentaire ainsi que des pertes, sans précédent, de revenus, des récoltes et du bétail. Les accords fragiles de régimes fonciers, en particulier en ce qui concerne les agricultrices, ont contribué à accroître les vulnérabilités. Alors que le commerce alimentaire mondial s’arrête, la pandémie a révélé à quel point les systèmes alimentaires africains dépendent des importations alimentaires mondiales qui se replient présentement à la suite de la fermeture des frontières. Les investissements pour sauvegarder les droits des agriculteurs locaux, les systèmes alimentaires et l’augmentation de la production sont très faibles, ce qui entraîne la cherté des aliments, une insécurité alimentaire généralisée et la faim dans la région.

Bien que les stocks alimentaires mondiaux soient actuellement relativement suffisants, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), il devient évident que, en raison des confinements dans plusieurs pays, l’accumulation spéculative des denrées alimentaires continuera de faire augmenter les prix avec de graves implications pour des régions comme l’Afrique, où l’insécurité alimentaire est plus répandue et prononcée. Les restrictions sur les exportations et les importations de produits alimentaires à partir de et vers l’Afrique, ainsi que les pertes dues aux taux de change, devraient faire monter les prix des denrées alimentaires au second semestre de l’année. Le Système mondial d’information et d’alerte rapide de la FAO (FAO GIEWS, 2020) estime qu’au moins six pays africains, pour la plupart enclavés, n’auront pas accès à la nourriture, tandis que la plupart des pays africains devront faire face à une insécurité alimentaire localisée et croissante, à un contrôle instable de leur approvisionnement alimentaire et à une aide alimentaire extérieure en raison de l’arrêt de l’approvisionnement alimentaire et du commerce.

Notre travail avec les petits exploitants agricoles et les associations d’agriculteurs, à travers l’Afrique, nous a permis de voir beaucoup d’entre eux prendre l’initiative de d’adopter des réponses locales et des solutions pour les besoins immédiats et urgents de leurs communautés. Entre autres choses, les petits exploitants agricoles (SSF) se mobilisent et s’expriment résolument pour protéger leurs droits en particulier, compte tenu des inégalités des réponses face à la COVID-19 et de la négligence apparente des petites communautés agricoles.

Etant donné le manque d’informations appropriées sur la pandémie et la manière dont elle affecte les petites communautés agricoles, nos partenaires, tels que Peasant Farmers’ Association of Ghana, élaborent au Ghana des informations qui sont localement appropriées et approuvées sur les mesures de prévention à prendre, et exposent les droits des agriculteurs ainsi que les filets sociaux de sécurité disponibles dans chaque pays pour aider à renforcer la résilience face aux impacts de la pandémie. Les associations de petits exploitants agricoles (SSF) recueillent des données sur l’impact, en temps réel, des perturbations sur la chaîne de valeur et les transmettent aux institutions des autorités locales.

En Afrique de l’Est, les petits exploitants agricoles du Forum des agriculteurs de l’Afrique orientale et australe (ESAFF) se mobilisent pour faire face aux défis posés par la nouvelle donne. En Ouganda, par exemple, des groupes d’agriculteurs assistent leurs membres, qui se retrouvent avec des produits périssables, en les mettant en contact avec des transporteurs et des acheteurs. En outre, au Rwanda, où les produits sont généralement transportés à l’aide de bicyclettes et de motocyclettes qui sont maintenant interdites en vertu de mesures de confinement, les agriculteurs se regroupent pour utiliser de gros camions pour acheminer leurs produits aux marchés. En transportant ensemble, ils sont également en mesure de négocier de meilleurs tarifs avec les propriétaires de camions. Plus important encore, comme ils anticipent les besoins d’une nouvelle saison de culture face aux mesures de confinement, les agriculteurs encouragent le partage local des semences pour faire face à l’accès limité aux marchés des semences.

Au Malawi, au Zimbabwe, et en Afrique australe, les agriculteurs et les commerçants font pression sur les autorités locales pour qu’elles réouvrent les marchés alimentaires de masse pour la vente directe par des agriculteurs, en s’assurant que les mesures de sécurité sont en place. La plupart des petits exploitants agricoles qui vendent comptent sur le regroupement de leurs produits dans ces marchés de masse pour la vente en gros. En Tanzanie, les membres du Forum Mifugo[1] ont également soutenu leurs agriculteurs, éleveurs et pasteurs. Il ne fait aucun doute que les femmes sont les plus vulnérables aux impacts comme celui-ci. Notre partenaire (une organisation de défense des droits des femmes), l’Organisation pour le développement des femmes Massaï (MWEDO), basée à Arusha en Tanzanie, soutient les groupes de femmes Massaï pour qu’ils aient accès aux services de santé et connaissent, mieux, la maladie à coronavirus et les gestes barrières. MWEDO a fourni des distributeurs de lavage des mains, des savons, des équipements de protection (masques) et des gants aux bureaux de district de Simanjiro, Longido et Kiteto. Les pasteurs font également partie des communautés marginalisées qui risquent fort d’être touchées par la pandémie. Le Forum de la communauté pastorale de Tanzanie (TPCF) à Arusha assiste la communauté à atténuer les effets de la pandémie en sensibilisant la population et en fournissant des équipements de protection, des contenants de lavage des mains et des savons qui ne sont pas facilement accessibles aux villages ruraux marginalisés. Il a été très utile de travailler en collaboration avec les autorités locales pour gérer les mouvements et défendre les droits et les traditions des communautés nomades de se déplacer et trouver du fourrage pour leur bétail.

Les associations SSF ont solidairement demandé aux gouvernements et à la Commission de l’Union africaine, aux entreprises et aux consommateurs, d’aborder la question de pertes immédiates des moyens de subsistance, de la faim imminente et de la crise dans l’approvisionnement alimentaire en augmentant le soutien aux agriculteurs locaux, et en proposant des dispositifs de sécurité sociale sous forme de subventions en espèces, en denrées alimentaires et en intrants et en ouvrant l’accès aux marchés. Dans le cadre d’une série de conférences virtuelles, des organisations partenaires de petits agriculteurs, aux côtés de TrustAfrica et d’autres partenaires, ont discuté et recommandé des actions que les gouvernements pourraient prendre pour répondre aux besoins des communautés agricoles vulnérables. Le 16 avril 2020, les ministres africains de l’Agriculture ont reconnu les effets dévastateurs de la COVID-19 dans la région et ont déclaré leur engagement à mettre en place des mesures visant à réduire l’impact négatif sur les systèmes alimentaires en Afrique. Ils ont également exprimé leur engagement à optimiser les ressources et à atténuer les défis critiques qui entraînent des pertes de revenus. En plus, ils comptent exploiter les opportunités offertes par la fermeture des frontières pour améliorer la production alimentaire et animale locale, la valeur ajoutée et la distribution et ainsi atténuer les chocs sur les systèmes alimentaires locaux. Ces mesures sont, sans aucun doute, louables. Toutefois, pour faciliter la mise en œuvre, les gouvernements et l’Union africaine doivent adopter des approches inclusives et mutuellement responsables avec les petites communautés agricoles et rurales afin de trouver les solutions les plus inclusives et optimales à la crise à laquelle ces communautés sont confrontées.

Sur la base d’autres recommandations, les gouvernements doivent fournir des ressources, comme des kits de prévention et d’hygiène, aux petits exploitants agricoles dans le cadre de mesures visant à prévenir les contaminations à la COVID-19. En outre, les dispositions de protection sociale pour les petits exploitants agricoles doivent être prioritaires. Comme mesure immédiate, les agriculteurs demandent l’établissement de fonds pour une réserve alimentaire stratégique qui facilitera la réouverture des chaînes d’approvisionnement alimentaire et les intrants subventionnés pour les petits exploitants agricoles. À long terme, il est très possible que les petits exploitants agricoles, les commerçants et les fabricants soient écartés de la chaîne d’approvisionnement alimentaire en faveur des grandes entreprises plus résistantes aux chocs s’ils ne sont pas soutenus à travers des programmes d’incitation pour rebondir, la saison suivante, de ces pertes. La pandémie continuera de dévaster les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles si des modèles durables de renforcement de la résilience de la production alimentaire et du soutien aux systèmes alimentaires locaux ne sont pas adoptés.

Le moment est venu d’ouvrir le dialogue pour promouvoir des mesures appropriées de souveraineté alimentaire à court et à long terme comme un moyen de défense contre le choc économique, la faim et l’insécurité alimentaire en Afrique.

 

[1]Réseau de plaidoyer pour une politique d'élevage en Tanzanie, formé en 2016

Read 878 times Last modified on jeudi, 14 mai 2020 14:21

Nos coordoneés

  • Lot 4, Almadies Ngor, Dakar Sénégal
  • +221 33 869 46 86
  • +221 33 824 15 67

Fil Twitter

Suite à une erreur, potentiellement un dépassement de délai de connexion à Twitter, les tweets de cet utilisateur ne peuvent être affichés.

Conférences et ateliers