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Les artisans doivent s'adapter aux nouveaux marchés
Cette étude de cas, publiée en septembre 2009, est la deuxième d’une série axée sur notre Fonds de Recherche sur le Climat d’Investissement et l’Environnement des Affaires. Elle se penche sur les récentes découvertes que les potiers Kenyans doivent apprendre pour penser comme des entrepreneurs, développer de nouveaux produits et les commercialiser à grande échelle.

Il y a juste trois ans, Elizabeth Njeri vivotait comme fermière de subsistance et potière à temps partiel dans la région montagneuse centrale du Kenya. Puis une opportunité se présenta. Comme elle vendait ses marchandises en ambulante un jour dans un marché local, un commerçant en visite passa une commande importante pour des fours de cuisson en terre cuite. Comme plus de demandes ont suivi, Njeri et 11 autres femmes du village de Kiriani ont commencé à se réunir tous les jours pour mélanger l’argile, « tourner » les pots et les fourneaux et les enfourner dans un four à feu ouvert. Njeri, épouse et mère de trois enfants, s’émerveille de cet heureux coup du sort. « Maintenant j’ai une vache, un réservoir d’eau et un four à moi » dit elle avec un sourire radieux. « J’ai réussi. »

Ibrahim Mbugua, manager of a pottery cooperative in Nairobi.Cependant, comme c’est le cas pour beaucoup d’artisans Kenyans, Njeri fait encore face à certains défis de taille. Le coût de l’argile, du bois de chauffe et des autres matériaux continuent à hausser. Le marché local devient saturé, laissant des piles soignées de stocks entasser dans la propriété familiale. Et malgré son flair créatif, Njeri n’a pas pris l’initiative de développer de nouveaux produits ou de chercher de nouveaux clients à Nairobi ou au-delà. « Ces petites et micro-entreprises ne survivront pas si elles continuent à ne produire que pour le marché local ou interne, » prévient Marguerite Matanda, chercheur au Centre de l’Entreprenariat et du Développement des Entreprises de l’Université Kenyatta. « Tôt ou tard, elles seront à court de capital d’achat. »

Cultiver l’Esprit d’Entreprise
Matanda, qui est aussi un artiste accompli en céramique, a mené une récente étude sur les petits producteurs de poterie au Kenya avec l’appui du Fonds de Recherche sur le Climat d’Investissement et l’Environnement des Affaires de TrustAfrica. L’organe de littérature existant a suggéré une corrélation étroite entre l’orientation entrepreneuriale, la capacité à prendre des risques, à être proactif, innovateur, autonome compétitif, aussi la capacité d’identifier, de pénétrer et d’exploiter de nouveaux marchés.

Inspecting the wares at Njeri's compound. L’équipe de recherche de Matanda a testé cette théorie à travers une enquête portant sur 384 potiers de Bungoma, Kakamega et Kisumu, des quartiers à l’Ouest du Kenya. A l’aide d’un questionnaire détaillé, ils ont réussi à créer un portrait statistique de chaque enquêté, se documenter sur leur antécédents personnels, leur formation, leur expérience professionnelle, leur réseaux professionnels et enfin leur orientation entrepreneuriale. Une série de discussions de groupe thématiques avec les participants sélectionnés a permis de dresser cet ensemble de données avec des informations qualitatives.

Les chercheurs ont constaté que la pénétration de nouveaux marchés demeure un problème grave, qui étouffe la croissance des petites entreprises. En fait, moins de 5 pour cent des potiers ont eu accès à de nouveaux marchés au cours des 12 mois précédents. Ceux qui y sont arrivés étaient notamment plus innovateurs dans la création de nouveaux produits, plus autonomes et plus disposés à prendre des risques ; quoique n’étant pas plus significativement plus compétitif ou plus proactif dans l’anticipation des tendances et des opportunités. Ils y avaient aussi de jeunes hommes mariés en majorité, même si les femmes représentaient 76 pour cent de l’échantillon; Matanda explique que les hommes mariés ont plus de responsabilités que les hommes célibataires et plus de mobilité que les femmes. Les compétences dans le monde des affaires, les réseaux, la compréhension des clients. Aussi, la participation à des foires commerciales et la publicité aussi se sont tous avérés être des facteurs critiques.

Bien que l’enquête ait été limitée à une forme unique d’art dans une partie du pays, Matanda imagine que les résultats sont applicables à un grand nombre d’artisans traditionnels à travers l’Afrique : aux vanniers, spécialistes du perlage, aux tisserands et sculpteurs du bois. Les potiers du Kenya « ont la mentalité requise s’agissant d’être productifs, agressifs et novateurs, » dit-elle. « Mais ils leur manquent l’information nécessaire pour tirer parti des nouveaux marchés. Ils ont besoin de formation pour mieux comprendre le marché. »

Toutes les Parties du Monde Constituent une Étape
Matanda se réjouit d’un modeste programme de l’Université de Nairobi qui associe les étudiants en conception à des artisans expérimentés afin de développer de nouveaux produits. Mais pour parvenir à un impact plus significatif, elle interpelle le Conseil national de Promotion des Exportations pour :

  • Évaluer 20 principaux producteurs de poterie en utilisant son outil de mesure de la capacité opérationnelle pour l’exportation ;
  • Préparer des manuels de formation pratiques et graphiques sur le développement de produits et le marketing à l’export ;
  • Organiser des ateliers sur le développement de produits et sur les tendances internationales de marketing ;
  • Monter une petite exposition ambulante qui expose les potiers conventionnels aux nouvelles techniques et conceptions de produits

Delidah Karimi, a potter in Nairobi.Matanda a un allié potentiel en la personne de Rebecca Mpaayei, qui est chargée de la promotion de la poterie et des autres arts commerciaux au niveau du Conseil. « Les petits artisans ne sont pas en mesure d’exprimer leurs préoccupations, » dit Mpaayei, mais en unissant leurs forces, ils pourraient importer les matériaux en gros, échanger leurs informations et expériences, et plaider pour des politiques qui renforcent le secteur. En absence d’un tel groupe, le Conseil commence à fournir la formation et le plaidoyer afin d’aider les producteurs en terme de compétences en affaires, d’emballage, de fixation des prix, de promotion et de politiques. Il étudie aussi des moyens de regrouper les artisans dans des villages à vocation de production destinée à l’exportation pour faciliter cette formation et mettre en place des réseaux utiles.

Le chemin est encore long, compte tenu du climat économique actuel et de la faible position de l’Afrique dans le marché mondial. Mais grâce aux recherches de Matanda, de telles interventions peuvent désormais être documentées sur la base de preuves empiriques et d’analyses de chercheurs. Pour des entrepreneurs comme Elisabeth Njeri, c’est très clair: Développer la capacité d’expérimenter de nouvelles conceptions de produits et des procédés de finition améliorés constitue le meilleur moyen d’accéder à de nouveaux marchés, de rester rentables et de conserver les traditions de la poterie du Kenya. « Peut-être qu’il est temps de se lancer, » dit Njeri, son sourire exprimant à présent un mélange d’appréhension et de détermination.

 

Lire la version PDF de cette étude de cas.

Lire un rapport détaillé rédigé par l’équipe de recherche sur ces résultats.

 

 


Fonds de Recherche sur le Climat d’Investissement et l’Environnement des Affaires

En partenariat avec le Centre de Recherches pour le Développement International, nous avons mis en place un fonds spécial pour appuyer la recherche sur les entreprises et l’investissement en Afrique et aider à garantir que les bénéfices de la croissance économique d’étendre à tous les membres de la société. Connu sous le nom de Fonds de Recherche sur le Climat d’Investissement et l’Environnement des Affaires (CIEA), il a alloué des subventions à hauteur de 1 481 000 de dollars US environ en deux tranches. Cette étude de cas porte sur l'orientation, la méthodologie, les conclusions et les recommandations d'un de ces projets de recherche.

Résumé de la Subvention

Bénéficiaire
Kenyatta University, Centre for Entrepreneurship and Enterprise Development
Montant
10 000 $ US
Année
2007
Thème
« Orientation des entreprises et accès aux nouveaux marchés par les petites faïenceries au Kenya »
Chercheur principal
Margaret Matanda, Ph.D.

 

 

Njeri with a couple of her pots.
Njeri and her peers make clay inserts for charcoal stoves.
 Potters at work in Kiriani village, Kenya.
Arthur, a potter in Nairobi, at the wheel.